Kerloas

Le menhir Kerloas-approche- 29-BretagneKerloas, le menhir du bout du bout de la terre

Il a plu toute la journée. Avec quelques éclaircies. Au départ, je suis partie sans but précis autre que la découverte de petits villages historiques autour de Brest.

J’ai fait escale à Plouarzel. Partout, des vieux murs et des dentelles de pierre et, au bout de son cimetière très breton, l’église. On me dit que Plou-arzel vient du vieux breton et signifie « la paroisse » (plou) de Saint Arzel autrement dit Saint Armel.

Car ici, au 6ème siècle, le fameux Saint Armel serait venu du Pays de Galles pour y fonder son monastère et aurait débarrassé la région d’un dragon qui, semble-t-il, effrayait les habitants de la région.

Encore un tueur de dragon…

À côté de l’église, je remarque surtout la petite chapelle d’habitude fermée, beaucoup plus ancienne que l’église principale qui elle, a été reconstruite relativement récemment. Cette petite chapelle-ossuaire Saint Yves ne date que du 17° siècle mais elle a la beauté et la sobriété des chapelles anciennes. Ce jour là, des bénévoles sortaient les bancs de la chapelle pour les installer dans la grande église à l’occasion d’une cérémonie pour laquelle ils attendaient beaucoup de monde.

Je suis donc entrée dans la petite chapelle exceptionnellement ouverte.

A l’intérieur, tout autour de la chapelle, de nombreux panneaux accrochés sur les murs  y racontent l’histoire du menhir Kerloas .

Affiche sur le menhir Kerloas - 29 Bretagne

Les bénévoles m’ont raconté l’histoire de ce menhir dont je venais de découvrir les photos. vieux de Plouarzel m’ont intriguée car ils en parlent de ce menhir comme d’un être vivant plutôt que comme d’un monument historique.

J’écoute leurs histoires. Ils m’acceptent dans cette petite chapelle et me guident ensuite jusqu’au retable de la grande église. Ils me parlent des envahisseurs celtes et de leurs lieux de cultes comme s’il s’agissait d’hier. Ils parlent des prêtres chrétiens débarqués sur barques de pierre grandes comme des coquilles de noix en provenance d’Angleterre il y a presque mille ans aussi bien que du temps de la résistance de la dernière guerre. Car, semble-t-il, cette terre fut aussi une terre de résistance. Du néolithique avec les pierres levées à notre siècle, cette terre d’histoire, leur terre, est pleine de phénomènes étonnants et ce qui me fascine, c’est que dans leurs mémoires, tout reste présent. Curieusement ils me font confiance mais ils gardent un petit sourire en m’expliquant qu’on ne peut vraiment comprendre que si on est né ici.

Retable du XVème siecle dans l'église de Plouarzel - 29 Bretagne

Je mets une bougie devant le retable qui est une sorte de miracle épargné par l’incendie total de son église. Magnifique retable qui m’a pris au cœur et curieusement, dès que j’ai posé ma bougie, le téléphone a sonné. On me proposait un travail! Mais c’est une autre histoire.

A la sortie de l'église de Plouarzel - 29 Bretagne

Repartie sur la route vers Kerloas comme me l’avaient indiquée les vieux de Plouarzel, je me suis arrêtée dans un café, histoire de me réveiller de la torpeur que m’infligeait cette pluie incessante. En quelques instants les villageois accoudés au bar devant leur verre d’alcool fort se mirent à me parler de ce menhir que je rêvais de découvrir. Au début, les regards étaient fuyants. Qui donc pouvait bien être cette étrangère en vadrouille qui se laisse tremper jusqu’à l’os pour se balader dans ce coin perdu du bout du bout de la Bretagne sauvage et ensorceleuse à la recherche d’un menhir oublié de tous ?

Oublié de tous ? Pas du tout ! Rapidement ils se sont mis à être particulièrement bavards. Aucun doute, ce Kerloas était un sacré personnage dans le coin, sacré dans tous les sens du terme. Ils m’ont immédiatement déconseillé de m’y rendre par ce temps car, sans botte et sans ciré, j’allais être prise par la gadoue et bleuie par le froid. Et puis, disaient-ils plus ou moins mystérieusement, « il ne faut pas y aller comme ça ». J’en étais d’autant plus déterminée à partir à sa rencontre. Quand enfin l’un des hommes assis au comptoir finit par m’avouer qu’il y était allé souvent avec sa femme du temps où ils n’avaient pas encore d’enfants. Comme tant d’autres, le menhir kerloas avait, disait-on, le pouvoir de rendre les femmes fécondes qui y frottaient leur ventre les nuits de pleine lune.

On disait aussi que ce géant de 150 tonnes, de presque 10 mètres de haut (il en fit 13 avant qu’un éclair ne lui coupe la tête) et de plus de 4000 ans, avait aussi le pouvoir de guérir de nombreuses maladies. Vous pensez bien que Kerloas n’a pas été oublié et abandonné par la population locale.

Quel que furent le froid, le vent, la pluie de ce jour-là, je suis remontée dans ma voiture avec la ferme intention de le trouver et d’aller jusqu’à lui. Non pas pour y frotter mon ventre, et encore moins pour avoir des enfants. J’en avais déjà eu quatre et d’ailleurs je n’en avais plus l’âge. Mais le mystère qui entourait Kerloas dans ce pays dont il faisait partie m’enchantait par avance.

Et je l’ai trouvé.

Le menhir Kerloas près Plouarzel - 29 Bretagne

Normalement, un jour de temps clair on le voit paraît-il depuis 30 km à la ronde. On le voit de la mer et dit-on, du tertre où se trouve Kerloas, on voit la mer et même Brest. Mais ce jour là, le ciel était bas, gris, encombrée, bouché.

Sur le bord de la petite route d’où je le découvris, je n’étais qu’à 4 ou 500 mètre de lui. La terre ressemblait à un bain de boue. Alors je me suis garée très près de l’herbe pour pouvoir y sauter directement sans passer par la terre détrempée.

J’avoue que j’avais l’air assez ridicule avec mes petites chaussures de sport ouvertes lorsque mon pied s’est lourdement enfoncé dans terre-plein jusqu’à plonger dans une sorte de marre d’eau camouflée sous les hautes herbes. Mais ça ne m’a rien fait. Je voyais Kerloas au loin et quelques soient les handicaps, je ferai ces quatre cent mètres jusqu’à lui.

L'esplanade de Kerloas, droite porte d'accès - 29 Bretagne

Le chemin n’était pas horizontal et me faisait glisser sur la boue détrempée vers un fil électrique qui bordait le petit champ à ma gauche. Je me raccrochais comme je pouvais à tout ce qui se présentait et petit à petit je suis arrivée sur une sorte de petite place protégée de branches d’arbres qui la recouvraient presque comme une pergola.

Je savais que je ne pouvais pas franchir cette porte comme ça. Quelque chose me disait que les quelques cinquante ou cent mètres qui me séparaient de Kerloas n’étaient pas de la même nature. Je ne suis pas géobiologue ni je ne suis formée aux pratiques druidiques, je ne connais rien aux énergies de ces pierres levées mais quelque chose me disait d’attendre, presque à l’abri, un signal dont j’ignorais tout pour l’instant. Et j’attendis, les pieds bien au frais dans mes chaussures remplies de boue. J’étais fascinée par la pierre. Je sortis mon appareil photo et je commençais à tenter de le capturer dans mes images.

Le menhir Kerloas se refuse - 29 Bretagne

Oui, mais surprise ! Toutes mes photos étaient floues. Kerloas ne se laissa pas capturer ainsi. Il ne m’en donnait pas la permission.

 Alors je pris mon courage à deux mains et je quittais mon abri sans savoir ce qui m’attendait. Je m’avançais tout doucement vers lui. Mon appareil éteint et caché sous mon Kway, la tête encapuchonnée, les lunettes troublées par la pluie, je m’avançais. Une sorte de chaleur moyennement bienveillante m’envahit et je sus aussitôt que j’étais entrée dans son intimité.

Vous autres géobiologues qui savez tout ce que cela veut dire, ne vous moquez pas de moi. Personne n’était là pour me dire quoi faire ni comment faire. Mon intention était pourtant simple, j’avais envie qu’il m’invite et je le lui demandais. J’ai fait le tour plusieurs fois, j’ai frotté ses boules qui dépassaient de chaque côté (on l’appelle aussi « le bossu » !), j’ai tourné et tourné autour de lui et tout sentiment négatif a disparu. J’étais bien, je ne sentais plus la pluie, je n’avais plus froid mais au contraire, une belle chaleur m’avait envahie. Je lui parlais, il m’écoutait. Il ne me restait plus qu’un petit sentiment de peur, peur qu’il ne me rejette, peur que soudain la magie du lieu n’arrête de battre.

Le menhir Kerlos près de Plouarzel - 29 Bretagne

Lorsque je suis repartie, arrivée sous le porche de branches, je me suis retournée, je l’ai remercié et il m’a laissé prendre toutes les photos que je voulais. Elles étaient toutes nettes.

Je suis repartie doucement à la voiture sur l’étroit chemin de gadoue avec toute sa chaleur dans mon dos et beaucoup de bonheur dans mon cœur. J’ai essuyé mes pieds et mes chaussures, dedans, dehors avec de grandes herbes humides qui ont enlevé toute la boue et je suis rentrée à Brest par les chemins buissonniers.

Au revoir Kerloas - menhir près de Plouarzel - 29 Bretagne

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