Les Fontaines Salées à côté de Saint Père

Les Fontaines Salées à Saint Père - piscine-ronde - 89 BourgogneSaint Père est un petit village juste au Sud de Vézelay. Il fut la première implantation des bénédictines au IX° siècle. Les Normands les en chassèrent avec violence, détruisant et pillant tout sur leur passage et ne laissant que des ruines.

Nous sommes de retour à Saint Père au printemps pour découvrir Les Fontaines Salées qui étaient fermées lors de notre dernier passage en hiver. C’est impressionnant de penser que ce lieu est utilisé par les hommes depuis des millénaires et des millénaires pour extraire le sel de sources salées. Ils le firent différemment au cours des siècles. Ils abandonnèrent le lieux parfois. Mais cet endroit au fond de la vallée de la petite rivière la Cure est honoré et exploité depuis le néolithique.

Cette fois-ci, le site des Fontaines Salées était ouvert, l’approche facile et enfin, j’ai pu visiter ce site franchement agréable et historiquement formidable.

 Nous sommes accueillis par Michel, le gardien du lieu, qui nous transporte aussitôt dans un monde tout aussi néolithique que gaulois, romain ou même actuel. À travers les millénaires, toutes les civilisations qui se sont succédées ont repris ce même lieu pour leurs dévotions successives.

Les Fontaines salées furent en effet un lieu de culte depuis l’Age de Bronze (1200 avant JC).  Certains parlent de 2200 ans avant J.C. et les cuves de bois de chêne qui y furent découvertes datent de plus de 4000 ans avant notre ère. A cette époque, ils creusèrent 19 puis dans lesquels, chacun des fûts de chêne servaient à récupérer l’eau des sources salées pour la fabrication du sel par évaporation.

 Beaucoup plus tard, au début de notre ère, les Gaulois en firent un lieu de culte et y organisèrent des processions rituelles autour d’un sanctuaire dédié aux sources salées. Il semblerait, d’après les pièces de monnaie retrouvées dans le bassin que ce lieu vécut jusqu’au 4ème siècle après J.C.

Les Romains s’étaient empressé d’en faire des thermes, rustiques certes, mais avec une piscine pour femmes et une piscine pour hommes. Tout autour, petit à petit, se développa le village de Vercellacus qui devint par la suite le village de Saint Père. Un romain très riche y avait installé grande villa avec sa ferme.

L’exploitation du sel, elle, n’a pas cessé (sauf quelques centaines d’années au milieu de l’âge de bronze). Les cuves de chêne multi-millénaires sont encore en bon état. Il semble qu’elles aient été taillées dans des chênes si vieux qu’ils étaient déjà creux au moment où ils furent abattus. Ce qui permit leur incroyable conservation. Michel me raconte que le bois de chêne est si dur qu’il n’aurait pas été possible de les creuser même juste après avoir coupé l’arbre. Toujours est-il que ce bois s’est conservé depuis 6000 ans. Les cuves ont servi de bassins où, selon les époques, on stockait l’eau salée et on prenait des bains.

Par la suite, les romains créèrent de grands bassins de briques et pierres pour les thermes, certains pour les hommes, d’autres pour les femmes.

Ci-dessous, une vue d’ensemble des thermes romains construits sur le site.

Les thermes romains sur le site des fontaines salées - 89 Bourgogne

Ici, on voit le site à peu près dans son ensemble. On y voit sur la gauche la piscine d’eau chaude, ronde, réservée aux femmes et juste à sa droite,  le bassin d’eau tiède et, encore juste à côté, la piscine d’eau froide. On passait de l’un à l’autre dans les deux sens. Un véritable sauna d’Europe du Sud du début de notre ère. Et le long rectangle qu’on voit avec, sur sa droite, de petites pièces, est un lieu qui était dédié aux soins de beauté avec ses cabines individuelles… Bref les femmes du XXI° siècle n’ont rien inventé!

Derrière les bassins réservés aux femmes, se trouve un immense gymnase.

Murets des thermes romains sur le site des fontaines salées - 89 Bourgogne

Vue de la zone de chauffe d'une piscine des thermes romains sur le site des fontaines salées - 89 BourgogneLes murets nous font bien voir toute la structure qu’avait le site au temps des romains. Et d’ailleurs, ci dessus, l’agencement du site permettait tout un circuit à l’intérieur par des couloirs plus ou moins larges selon le nombre de personnes à y passer en fonction de la fonction du lieu.

Sur cette autre photo, en haut, on aperçoit la piscine romaine chaude, ronde, qui était réservée aux femmes et dessous le petit chenal de briques et de pierres permettait d’accéder sous la piscine pour enfourner les buches et entretenir le feu qui chauffait l’eau. Il parait même qu’on a retrouvé, dans d’autres sites, des claquettes de bois épais pour éviter que les femmes ne se brulent les pieds en marchand dans une piscine chauffée comme celle-ci…

Au cœur du site, il y a la source qui se trouve au fond d’un puis carré.

J’ai lu un jour qu’un puis carré est presque certainement d’origine Celte.  Bref, du fond  du puis monte des bulles, principalement des bulles de radon me dit Michel, le gardien du site. Il raconte que les têtards qui sont au fond de cette eau là deviennent énormes mais ne deviennent jamais des grenouilles. Je les ai vu. Ils sont vraiment énormes.

Michel me raconte que l’eau de cette source vient du Morvan qui n’est pas très loin derrière les forets au Sud. Elle passe sous la Cure, la petite rivière qui coule au bas du site, et arrive là par un faille. Cette faille se termine brutalement à l’endroit précis du puis carré et se cogne contre une autre faille perpendiculaire. Géobiologues, écrivez moi, donnez moi les explications des forces en jeu à cet endroit.

Ce n’est pas un secret, les cercles parfaitement concentriques qui entourent ce puis sont les traces des processions qui avaient lieu pendant des millénaires autour de ce puis carré. Qu’honoraient les processions, quelles énergies utilisaient-ils et pour quoi?

A côté des cercles de pierres destinés aux processions, à côté des cuves restaurées et parfois recouvertes pour les protéger, il y a une zone d’herbes sauvages qui cachent des marécages dissimulant d’autres cuves non encore restaurées. La source, là est captées avec un robinet « moderne ».

Près d'herbes et orchidées sauvages aux Fontaines Salées - 89 Bourgogne

Je ne veux pas oublier de vous raconter que Michel garde de belles prairies sauvages sur le site autour des allées tondues.

Il protège plusieurs  fleurs plutôt rares et en particulier une orchidée sauvage en voie de disparition. Toutes petites mais surveillées par lui avec amour, Il en regarde amoureusement l’évolution au cours des années car elles se reproduisent par rhizome. Chaque année il en voit sortir de terre une ou deux de plus. On peut les deviner en jaune sur cette photo.

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